COVID-19 ET PLANCHE À BILLETS : ET SI LA SOLUTION ÉTAIT LA ?

BFG Capital

Souvent abordée comme un mythe par certains, la planche à billets apparaît pour d’autres comme un remède miracle à la crise sanitaire du covid-19. Cependant, son utilisation n’est pas aussi simple et a souvent de grosses répercussions. Parfois taboue, parfois secrète, l’utilisation de la planche à billets, ou du moins sa forme plus moderne, se pratique encore dans de nombreux États. Entre la théorie et la pratique, peut-on utiliser la planche à billets dans la situation actuelle ? Éléments de réponse avec BFG Capital. 

 

La planche à billets, entre mythe et réalité

 

La planche à billets telle qu’elle fut créée portait bien son nom. Historiquement, le concept de la planche à billets consistait à imprimer des billets en format papier, qui étaient ensuite distribués au sein d’un Etat. Cette invention date en effet d’une époque où les cartes bancaires n’existaient pas. Les premières planches à billets existent depuis l’époque de la dynastie Yuan en Chine, soit de 1279 à 1368. Aujourd’hui, ce terme est toujours utilisé, bien que la création fiduciaire soit totalement virtuelle, à l’instar de l’argent sur nos comptes bancaires.

 

Concrètement, utiliser la planche à billets, c’est, comme son nom l’indique, créer de la “monnaie-papier”. Son objectif premier est de soutenir l’économie. En effet, plus la production de biens et de services augmente, plus il y a besoin d’argent. À l’inverse, si la production de biens ou services diminue, l’argent a moins besoin de circuler. Pour autant, lors d’une crise, si un État veut faire tourner l’économie de son pays, il va favoriser une plus grande impression de billets, afin d’inciter les individus à consommer. Plus d’argent disponible équivaut souvent naturellement à plus de dépenses. Ainsi, on tente de stimuler la croissance et l’augmentation de l’investissement. 

 

Derrière la planche à billets se cache la banque centrale, qui achète des titres financiers, des dettes d’Etats ou encore des titres d’entreprises. Ainsi, les États qui “font tourner la planche à billets” peuvent prétendre relancer leur économie. 

 

Pour plus d’explications sur la planche à billets : vidéo explicative par le journal Le Monde 

 

Comment ça fonctionne ? 

 

De nos jours, le principe de la planche à billets existe toujours, sauf que l’argent est dématérialisé, et qu’il doit correspondre aux vrais besoins de l’économie. Imprimer des planches de billets n’existe littéralement plus… Certaines rumeurs disent toutefois que cela se fait encore dans certains pays comme l’Iran, ou les Emirats Arabes Unis. Mais ces pays n’étant pas d’une grande transparence, il est difficile de savoir si cela est vrai ou non. Quoi qu’il en soit, voici de manière grossière, comment on pourrait résumer l’utilisation de la planche à billets aujourd’hui : en période de crise, un État demande de l’aide à la banque centrale pour relancer son économie. Si elle accepte, la banque centrale rachète alors les dettes publiques de l’Etat demandeur. Elle crée ensuite de la monnaie fiduciaire qu’elle va donner aux banques. Celles-ci pourront par la suite prêter davantage aux ménages et aux entreprises, afin que la consommation reparte plus vite à la hausse. L’objectif ? Une augmentation et/ou maintien des investissements, des salaires, de la consommation et de la croissance. 

 

Dans la théorie, cela peut sembler idéal. Dans la pratique, ça l’est beaucoup moins. Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, les ménages, tout comme les entreprises, sont déjà endettées. Elles ne veulent donc pas forcément contracter de nouvelles dettes. Et surtout pas en période de crise, moment où le niveau de confiance est au plus bas. Bien d’autres risques peuvent exister, comme l’augmentation de l’inflation. Par exemple, s’il y a une forte hausse de la demande pour pas assez d’offre, les prix vont naturellement augmenter afin de rétablir un équilibre. Si les prix augmentent trop, on peut considérer que c’est dû à l’excès de monnaie disponible, qui fait alors perdre de la valeur à l’argent. Les ménages perdent ainsi du pouvoir d’achat, et de l’épargne. À terme, tous les scénarios sont possibles : crises, conflits sociaux, creusement des inégalités, etc.

Alireza Gorzin, président de BFG Capital, note d’ailleurs que ces types d’événements interviennent souvent dans les régions ou les pays en voie de développement, où la transparence économique est secondaire. L’utilisation, voire l’abus de la planche à billet, peut être une (triste) réalité.

 

C’est pour cette raison que la création de monnaie est très réglementée, et que la banque centrale, bien qu’indépendante des politiques, est soumise à des règles très strictes.

 

La planche à billets dans le cadre du Covid-19

 

Face à cette crise sanitaire du covid-19, de nombreux États membres de l’Union Européenne ont espéré un petit coup de pouce de la banque centrale. C’est ainsi que les Etats membres ont fini par se mettre d’accord pour un plan de soutien à l’économie, à hauteur de 540 milliards d’euros. Merci la Banque Centrale Européenne !

 

En France, le Gouvernement a déjà annoncé plus de 110 milliards d’euros d’ici fin 2020, mais comme nous l’a répété Emmanuel Macron, Président de la République, tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et nos entreprises, quoi qu’il en coûte.

 

Bien que son souhait fut d’éviter le creusement de la dette, le Président de la République n’a pas eu d’autres choix face au coronavirus. Bruno Le Maire, ministre des Finances, a d’ailleurs ajouté : “l’addition, ce n’est pas le sujet. À un moment donné, il sera bien temps de faire les comptes, mais aujourd’hui, la mobilisation est totale pour sauver notre appareil de production, et garantir qu’il y ait le moins de faillites possible dans notre pays. »

 

En 2020, la dette publique de la France s’envole donc à 115% du PIB. Depuis la Seconde Guerre mondiale, c’est la première fois que la France atteint ce seuil. 

 
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Heureusement, la France est un pays “sûr”. Contrairement à la Grèce des années 2010, la France ne craint pas une telle crise. Elle a en effet la chance d’avoir la confiance de ses investisseurs. La dette sera longue, certes, mais elle finira par être remboursée. Le ministre des finances, Bruno Le Maire, a fortement insisté dessus.

 

Remboursée, oui, mais comment ? 

 

À l’heure actuelle, il est difficile d’imaginer comment la France arrivera à se désendetter. Le Gouvernement n’envisage pas une augmentation des impôts. Pour le moment, l’Exécutif compte beaucoup sur une reprise économique. Après 55 jours en confinement, la croissance devrait naturellement reprendre, au fur et à mesure des jours qui passent. D’autant plus que l’épargne des Français a dernièrement atteint un chiffre record. Affaire à suivre. 

 

Quoi qu’il en soit, aucune mesure n’est pour le moment évoquée de manière concise. Le plus important aujourd’hui est la santé des concitoyens, et la victoire face à cette pandémie. 

 

Pourquoi ne pas demander à la Banque Centrale d’annuler les dettes des Etats ? 

 

Encore une fois, dans le détail, tout est plus compliqué. La dette est détenue par différents acteurs, souvent voisins. Si les États emprunteurs décident de ne pas les rembourser, cela aura pour conséquence faillites, nouvelles crises, ou encore perte de confiance de la part des créanciers. Cela aura, à court ou long terme, des répercussions sévères sur les États, qui en plus de subir ces répercussions, ne pourront plus prétendre à des prêts. Alireza Gorzin note une nouvelle fois que soutenir l’économie française avec l’ensemble des aides annoncées, dont les prêts garantis par l’Etat en vaisseau amiral, serait une manière de maintenir la production et donc, la croissance. Une autre façon de maintenir l’économie…

 

S’il y a bien une chose à retenir, c’est que la planche à billets, telle que beaucoup l’imaginent, n’existe plus. Le concept, lui, perdure, mais est extrêmement contrôlé, du moins en Europe. La plupart des États ne peuvent pas donc pas “faire tourner la planche” dès qu’ils le souhaitent. Aussi, la création de monnaie n’a pas que des points positifs. Comme les économistes se plaisent à dire, ce n’est pas la monnaie qui crée la richesse, mais bien la production de produits et de services réels. 

 

Concernant la France et son endettement, si les ménages ont peur de l’avenir économique du pays, il dépendra en partie du comportement de ceux-ci dans les mois à venir. Mais face à une crise d’une telle ampleur, il est difficile d’imaginer ce qui pourra se produire demain…

Article à retrouver sur Boursorama