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Épargne du livret A : comment l’État utilise votre argent ?

Vous êtes vous déjà demandé comment l’Etat utilisait votre épargne du livret A ?

Après être devenue la championne du monde des pays les plus fiscalisés, la France détient un record d’un autre genre, mais pas sans rapport. Être l’un des pays les plus bancarisés au monde.

En effet, 99% des Français possèdent un compte bancaire. Parmi eux, 4 Français sur 5 possèdent un ou plusieurs produits d’épargne, ce qui n’est pas pour déplaire à l’État. Cependant, parmi l’ensemble de ces détenteurs, très rares sont ceux qui savent exactement où, et comment leur argent va être utilisé par les banques.

? Et vous, savez-vous vraiment où va l’argent que vous laissez “dormir” sur votre livret A ?

Une épargne du livret A dormante et hyperactive. CQFD.

On dit souvent que l’argent “dort” sur un livret d’épargne. C’est l’expression qu’on utilise quand on laisse son argent sur un compte courant ou sur son livret A. On ne s’attend pas à ce que cet argent nous apporte un rendement particulier.

En réalité, l’argent qui “dort” est hyperactif. L’État l’utilise d’ailleurs énormément sur beaucoup de placements et de financements encadrés. Avec près de 375 milliards d’euros épargnés et disponibles, l’État a en effet de quoi faire !

Le saviez-vous ? Sur 100 euros placés sur un livret A, 59,5€ sont directement utilisés par la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Pour rappel, la CDC est un établissement public missionné pour accompagner les politiques publiques. Elle œuvre pour un développement économique, social et durable.

Sur la totalité de l’argent placé sur un livret A, environ 35% est utilisé pour le financement des logements sociaux. Cela équivaut à environ 130 milliards d’euros. 17,4% servent à financer les obligations de l’État, ce qui équivaut à 65 milliards d’euros. Enfin, 5% sont utilisés pour des prêts aux petites et moyennes entreprises.

Pour Alireza Gorzin, président de BFG Capital, les Français sont des préteurs de deniers qui s’ignorent. « Depuis près de 20 ans, je ne constate aucune prise de conscience ni individuelle, ni collective, sur un phénomène pourtant si flagrant. D’une part, les Français, en déposant leur épargne sur les livrets bancaires sont systématiquement exposés à l’inflation (qui a toujours battu les taux bancaires sur 5 ou 10 années glissantes). D’autre part, ils se retrouvent dans un rapport relationnel avec leurs banques qui est très inégal.

En effet, tout est mis en œuvre pour simplifier les dépôts de cash sur les différents comptes et livrets, mais lorsque le même client de la banque a un besoin de trésorerie pour un projet personnel, le prêt devient un parcours du combattant. Ce parcours est de plus en plus complexifié par une règlementation aux allures de protection des épargnants mais aux réalités plus proche des intérêts de la banque (taux d’usure, refus de délégation d’assurance pourtant interdite par la loi, Produit Net Bancaire insatisfaisant, demande de collatéralité, etc.) »

Alireza Gorzin ajoute : « les livrets bancaires sont privilégiés par les clients des banques sur le principe du triptyque : confiance en l’institution bancaire / disponibilité de l’épargne / rendement faussement attractif (surtout lors des hausses de l’inflation où le livret monte mécaniquement, comme actuellement avec le taux du livret A à 3%). Ils oublient toutefois que ce rendement est encore et toujours bien inférieur à l’inflation.  Pour exemple, en 2020, le livret était à 0,75% quand l’inflation était de 0,5%. Ce taux était donc infiniment plus intéressant que le même livret à 2% en 2022, où l’inflation a été de 5,2%. Mais dans l’esprit du grand public, 2% est supérieur à 0,5%… Fin de l’analyse. »

Le livret A pour le logement social et les obligations de l’Etat

Si l’État se permet d’utiliser l’argent que vous déposez sur votre livret A, c’est dans l’optique de répondre à un besoin important. Certaines banques se montrent en effet peu disposées à financer certains secteurs, considérés comme peu rentables.

Le logement social par exemple, doit être financé. C’est un vrai besoin, tant politique que social. Cependant, les banques se montrent sceptiques. L’État évite donc de faire des prêts sur les marchés, considérés comme risqués, pour éviter ainsi les taux trop élevés. Elle se finance sous forme de prêt à long terme, entre 25 et 60 ans, à des taux défiants toute concurrence. Ce financement permet aux bailleurs sociaux d’avoir plus de temps pour rembourser, sans compter que l’État est un garant rassurant.

Pour Alireza Gorzin, « la qualité d’un rendement se mesure facilement lorsqu’il s’agit d’une épargne bancaire. Dans le cadre d’un livret, le client épargnant est le seul à effectuer des virements. Un investissement, lui, se mesure sur le Taux de Rendement Interne. Dans cette situation, le client épargnant n’est pas le seul à effectuer des versements. Un tiers, l’utilisateur du véhicule d’investissement, abonde concomitamment sur ledit projet. Ce phénomène basique est rarement bien assimilé. Pourtant, c’est ce qui permet de surpasser l’inflation. Chacun devra alors composer selon ses besoins et convictions le véhicule d’investissement idéal selon ses attentes, ses besoins et sa liquidité. »

Concernant les 65 milliards d’euros qui financent les obligations de l’État, il s’agit d’argent qui peut être récupéré assez rapidement. Contrairement aux 130 milliards d’euros utilisés pour les logements sociaux. D’après Philippe Crevel, du Cercle de l’Épargne, l’argent que l’État dédie aux obligations n’est en rien gênant pour les Français. En effet, ils pourront sans problème retirer leur argent s’ils le désirent. Là où ça pourrait poser un problème, ce serait si tous les Français décidaient de retirer en même temps. Mais tel un pari, on préfère penser que cela a peu de chance d’arriver…

Outre le financement des logements sociaux et des obligations de l’État, les banques utilisent vos livrets A pour prêter de l’argent aux PME. Depuis juin 2020, elles sont en effet tenues de placer :

–       80% des encours dans des prêts pour les PME ;

–       10% dans le financement de projets écologiques ;

–       5% dans le financement des entreprises de l’économie sociale et solidaire ;

–       5% utilisés… au bon vouloir de la banque.

Autrement dit, votre argent ne dort jamais ! Il mène d’ailleurs une vie plutôt très active, qui permet à de multiples acteurs de bénéficier de prêts et de financement. Merci les épargnants !

Une épargne pour financer les centrales nucléaires ?

Ce système d’utilisation de votre épargne existe depuis toujours. Les banques ont toujours utilisé l’argent “dormant” des livrets A et des livrets de développement durables pour financer d’autres projets. Et depuis toujours, rares sont ceux qui sont au courant.

Il se pourrait même que vous soyez totalement en opposition, moralement ou stratégiquement, avec les projets financés. En effet, la méthode de financement via les livrets a porté ses fruits et a très bien fonctionné. Les épargnants Français ont donné si massivement un « blanc-seing » aux banques, que le Gouvernement en cours réfléchit à transposer ce dispositif aux centrales nucléaires.

D’après les Echos, le financement des six prochains EPR, réacteurs et générateurs pressurisés européens, se chiffre à environ 50 milliards d’euros sur toute la durée du programme, soit vraisemblablement jusqu’en 2050.

Et, surprise : la Caisse des Dépôts envisage d’utiliser l’argent dormant des épargnants pour financer ce projet. Il s’agirait en effet du seul moyen d’obtenir un prêt d’une durée aussi longue…

Cela risque toutefois de poser un problème. Si jusqu’ici les particuliers n’avaient pas de soucis avec ces méthodes, il se peut que le financement des centrales nucléaires soit en totale contradiction avec leurs valeurs personnelles. D’ailleurs, de nouvelles banques éthiques voient le jour, prônant l’épargne éthique et responsable.

Découvrir notre article sur le comportement d’épargne des Français en 2022

En conclusion, la culture F fait une nouvelle fois défaut dans cette analyse. Si l’utilisation de l’argent des épargnants par l’Etat n’est pas une mauvaise chose, cela devrait être davantage expliqué et annoncé aux clients des banques. Aujourd’hui, la plupart des Français n’ont aucune idée du fait que leur argent n’est jamais réellement endormi.

Pour toute information supplémentaire à ce sujet, nos Capital Managers sont à votre disposition par mail à l’adresse contact[@]bfgcapital.com